11 septembre

Par ce crime, attentat-suicide en Amérique, la mort devient une chose, un objet donné en masse en se la donnant à soi-même : meurtre de la mort, la dénaturer, l'anonymiser, en faire un objet de jouissance distribuable, consommable. Une arme. Sans nom d'auteur. Tuer ainsi est voulu assassinat uniquement politique pour tuer la politique, tout partage, toute mise en commun minimal de vivre en tant qu'humain. Attentat au genre humain. Etre seul, une poignée à savoir est nécessaire , non pas tant pour ne pas être découverts, mais pour avoir lieu une telle jouissance des meurtres nécessite de rester cachée, retranchée du savoir humain. Niée, négationnée. Car une telle intensité de jouissance destructrice à ce point est nazie, nazie d'aujourd'hui : nettoyer la différence entre mort et vie devenues équivalentes, la mort vaut la vie, sans distinction. Atteindre les cibles est l'unique objectif, les conséquences monstrueuses ne le seront jamais assez, tant la destruction de la mort confondue à la vie est irrépressible, mise en oeuvre pour l'idolâtrer : adorer la mort devenue meurtre. Nazisme d'aujourd'hui. Nier la vie, utiliser les victimes à tuer, -ici les pilotes, les passagers des avions détournés- pour qu'ils participent aux meurtres imminents. Mettre la vie en contiguïté directe, immédiate à sa destruction violente. Fusion de la vie et de la mort en un meurtre en lieu et place de ce que devient l'humain parlant en proie à ses demandes d'amour, de désirs. Le voilà mis en face de sa laideur. Et de quoi d'autre? Dire haine est trop faible, le calcul est où ? Il est impossible à identifier. Il obéit à une implosion de toute transcendance, de tout au delà pour penser notre monde actuel. Les réflexions allant vers une tentative d'explication géopolitique du genre attaques des symboles de l'American way of life, comme de ceux de sa finance, de sa force, de sa réussite et aussi de ses faiblesses, sont vaines et ne réparent rien.

Non le changement du statut de la mort/meurtre renvoie à des questions imposables encore et exclut d'en rester à celles du genre " à qui profite les crimes ". sinon à celui qui veut exterminer la vie, aussi récusable qu'elle soit, qu'elle soit devenue. Il nous faut la rendre sans cesse non équivalente à sa disparition en masse.

Il est nécessaire de trouver les criminels pour juger de leurs crimes, pour qu'ils disent -qu'ils parlent- comment leur est arrivé cette fusion entre mort et vie. D'adorer la mort à ce point.

Jean Jacques Moscovitz, psychanalyste